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vendredi 9 avril 2010

Migjeni au sud de l'Est

Le numéro 6 de la revue Au Sud de l'Est, publiée par les éditions Non Lieu, vient de paraître.
Revue mettant en avant les cultures des Balkans dans leur pluralité, elle se compose d'articles, de traductions de textes littéraires et de photographies.

Ce numéro comporte notamment une traduction de huit textes de Migjeni (1911-1938), auteur dont le style et la thématique résolument réaliste ont marqué l'histoire de la littérature albanaise. Ces textes n'avaient jamais été publiés en français, écartés à l'époque de la publication chez Fayard d'un recueil de nouvelles traduites par Jusuf Vrioni (Migjeni, Chroniques d'une ville du Nord, Paris, Fayard, 1990). Les huit nouvelles que nous avons choisies de proposer au lecteur français pour la première fois sont les suivantes :

  • Une lettre du village (1934)
  • Un refrain de ma ville (1934)
  • Le fruit défendu (1935)
  • Dans l'église (1935)
  • Le petit Luli (1936)
  • Que Dieu te le donne (1936)
  • Le programme d'une revue (1936)
  • Les cerises (1936)

Je vous donne ici un extrait du premier texte, Une lettre du village, dans lequel, sous une forme épistolaire, Migjeni se positionne intellectuellement et donne une ouverture universelle à sa propre sensibilité et à sa propre souffrance (il est de santé fragile), tout en déclarant son amour pour sa ville natale (dans la suite de l'extrait).


Autrefois, les religieux chrétiens dans le désert et dans les grottes isolées, pénétraient profondément dans leur ego pour voir Dieu et ses merveilles et pour faire des miracles. Moi aussi, dans ce village, je plonge en moi-même, coulant dans un subjectivisme des plus extrêmes, mais pas pour voir Dieu et ses merveilles ni pour faire des miracles. Je me perds en moi-même pour une autre raison, plus plaisante à mes yeux. Je n’ai rien d’autre à faire lors de mes promenades du soir, dans ces champs déserts (peut-être pas si déserts mais remplis d’un monde incompréhensible pour moi). Je me promène, me promène enfermé sur moi-même sans prendre garde aux pas que je fais, lents dans un premier temps puis rapides et encore plus rapides jusqu’à ce que mes pieds se prennent dans les ronces et me ramènent à moi : «eh ! moins vite… où es-tu parti ? » Je conduis ma promenade vers une autre direction et mes pensées également, spontanément, sans transition. Mes pensées ne sont alors pas celles d’un homme heureux dans la vie mais celles de quelqu’un qui souffre. Je souffre avec l’enfant à qui les parents n’ont pas acheté de jouet, je souffre avec le jeune qui se consume dans l’érotisme, je souffre avec le cinquantenaire qui se noie dans l’apathie de la vie, je souffre avec le vieux qui tremble de la peur de mourir, je souffre avec l’agriculteur qui lutte contre la terre, je souffre avec l’ouvrier meurtri par le fer, je souffre avec les malades de toutes les maladies du monde, mais je ne souffre pas avec cette mouche poursuivie par l’hirondelle et dont la sœur est plainte par une vieille : « La pauvre, c’est une créature de Dieu ». Je souffre avec l’homme ! Et je crois, cher T., que ce n’est pas une métamorphose égoïste, comme le prétendent certains, mais quelque chose qui s’affirme chez les personnes qui, par hasard, pour un temps, se trouvent en dehors d’un matérialisme brutal. Ces tristes pensées blessent mes sentiments et m’irritent. Tu diras, T., que je suis un pessimiste incurable attiré par le style élégant de Schopenhauer. Mais non, j’admire le style de Schopenhauer mais ses sentiments et ses pensées sont pour moi seulement des domaines où les lecteurs peuvent goûter toute la beauté du style, donc je ne suis pas schopenhaueriste, je ne suis pas pessimiste, car je crois en une force de l’homme, je crois au surhomme. (En pensant ainsi, me viennent dans l’oreille les mots de quelqu’un : « Ta croyance t’a sauvé ! ») Si tu partages ces pensées, je te recommande cette croyance, plus moderne et plus adaptée au monde d’aujourd’hui : la croyance au surhomme !

Extrait de "Migjeni et les refrains de sa ville", textes traduits et présentés par Ermona Wilmart et Mickaël Wilmart, Au Sud de l'Est (Editions Non Lieu), numéro 6, avril 2010, p. 63-78.

mercredi 27 janvier 2010

De l'interprétation des notes marginales


L'étude des marques manuscrites ou des notes marginales sur les livres imprimés a surtout été utilisée dans le cadre de l'histoire littéraire ou de l'histoire du livre pour l'époque moderne (XVIe-XVIIIe s.). Je donne quelques références à la fin de ce post pour ceux que cela intéresse.
Lors de mes différentes séjours en Albanie, j'ai rassemblé une petite collection d'ouvrages de propagande antireligieuse datant de l'époque communiste afin d'étudier la politique d'athéisation du pays par le régime d'Enver Hoxha. Certains semblent avoir plus vécu que d'autres : reliure usée, couverture ou pages abîmés et parfois notes manuscrites des lecteurs précédents. A l'instar des historiens du livre, je me suis alors demandé si ces marques laissées par les lecteurs pouvaient refléter une attitude face à la propagande du Parti, qu'elle soit d'intérêt, d'adhésion ou de rejet. La grande majorité n'apporte en fait pas grand chose au chercheur.
Un livre en particulier a attiré mon attention. Rédigé par Hulusi Hako, un des principaux partisans de l'athéisme en Albanie (à l'époque d'Enver Hoxha et encore maintenant), il s'intitule "Akuzojmë Fenë" (Nous accusons la religion"). Mon exemplaire a été imprimé en 1968. Maintes fois réédités, il s'agit d'un des ouvrages de base de la propagande antireligieuse albanaise. La couverture en est assez abîmée. Sur le dos du livre, en partie déchiré, on a réécrit le titre et le nom de l'auteur au feutre. A la lecture des marques manuscrites, on peut identifier trois détenteurs/lecteurs : "M. B." (je ne donne ici que les initiales), "M. L." et un troisième anonyme. Les deux premiers sont des femmes albanaises. Le dernier est anglophone et a traduit en marge certains passages en anglais. M. L. n'a laissé que son nom et quelques griffonnages représentant vaguement des fleurs (mais cela pourrait n'être que des dessins faits mécaniquement). M. B. a par contre fait quelques brefs commentaires qui peuvent intéresser l'historien.
Vous pouvez voir ici la page en question : elle présente deux photos du pape Paul VI, l'une avec le président américain Johnson (symbole du capitalisme aux yeux des pays communistes) et l'autre avec un ambassadeur soviétique (l'Albanie a rompu avec l'URSS en 1961). En haut de la page, M. B. a écrit "Turpi më i madh" ("La plus grande honte"). Face à cette phrase, l'historien a le choix entre deux interprétations : la lectrice acquiesce la propagande visant à montrer la complicité du pape avec les ennemis de l'Albanie communiste ou, au contraire, elle réfute ces accusations en les qualifiant de honteuses. Les deux interprétations sont intéressantes mais terriblement contradictoires et il est bien difficile de trancher. Une autre marque manuscrite en marge de la même page pourrait faire penser à la première solution : le mot "Papa" y est barré par une croix. Mais nous sommes ici à la limite de la surinterprétation. On ne peut que conclure que la lectrice M. B. a réagi devant cette page au cours de sa lecture, que le message diffusé ne l'a pas laissé insensible. Mais pour savoir de quel côté penchait sa sensibilité, il faudrait d'autres éléments qui ne sont plus à la disposition du chercheur qui doit donc se résigner devant l'ambiguité de cette source.


Quelques références sur l'étude des marques manuscrites et notes marginales :
- "Le livre annoté", dossier publié dans la Revue de la Bibliothèque Nationale de France, n°2, juin 1999.
- "Le corpus des notes marginales", numéro thématique de la Revue Voltaire, n° 3, 2003.
- Damien Blanchard, "Une archéologie du livre. Les marques manuscrites comme source de l'histoire des bibliothèques bénédictines sous l'Ancien Régime", in Les religieux et leurs livres à l'époque moderne, dir. B.Dompnier et M.-H. Froeschlé-Chopard, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2000, p. 195-211.

mercredi 23 décembre 2009

Interdiction du voile et libération de la femme


Une femme catholique voilée à Shkodra (Albanie) photographiée par Kel Marubi au début du XXe siècle

La proposition de loi de Jean-François Copé visant à interdire le port de la burka dans l'espace public rappelle à l'historien d'autres expériences dont on n'a sans doute pas tiré toutes les leçons.
Ainsi, l'Albanie de l'entre-deux-guerres a elle aussi connu sa loi interdisant le voile intégral. En août 1929, le gouvernement d'Ahmet Zogu prend cette décision après une proposition du chef de la communauté musulmane qui juge alors la coutume contraire à l'éducation citoyenne.
Premier acte d'émancipation de la femme musulmane ? L'écrivain Migjeni, contemporain des faits, nous livre l'envers du décor dans une de ses nouvelles, intitulée "On rouvre les portillons..." (traduite en français et publiée dans Chroniques d'une ville du Nord, Paris, Fayard, 1990, p. 215-225). Il y décrit la réaction des habitants de sa ville, Shkodra, située dans le nord de l'Albanie :

La maison est plongée dans le silence. il y règne comme une atmosphère d'agonie. Oui, c'est bien d'une agonie qu'il s'agit, mais sans la détresse. Dans des centaines et des centaines d'autres demeures comme celle-ci, un passé séculaire, si profondément ressenti et vécu par tous, est en train de mourir. On ôte la pierre angulaire de la citadelle millénaire et bien des coeurs sont déchirés à la voir s'effondrer. D'autres, au contraire, se réjouissent comme si on venait d'abattre quelque bête monstrueuse qui empoisonnait l'existence de chacun. Le gros titre du journal, cette réforme, l'abolition du port du voile chez les femmes forment comme une sarabande d'esprits malins qui viennent tourmenter les cerveaux engourdis, inhabitués à concevoir de pareilles choses. Jusque là tracassées uniquement ou presque par les soucis familiaux les plus prosaïques, voici les têtes tout à coup hantées par une préoccupation qui touche tout un chacun, par un problème collectif, et les propriétaires de ces têtes se retrouvent comme des poissons sur la grève. Oter le voile aux femmes : jamais aucun n'avait songé voir cela de son vivant.
Le choc décrit est réel chez les hommes et chez les femmes. Chez les hommes surtout, effrayés de savoir leurs femmes exposées aux regards des autres hommes. Chez les femmes, Migjeni décrit des sentiments plus nuancés, certaines étaient ravies, d'autres plus mitigées voire opposées.
Deux jours avant la mise en application de l'interdiction, la famille suivie par le narrateur se réunit pour que les hommes puissent "voir une dernière fois leurs parentes, car Dieu sait quand il leur serait donné de les revoir !". Car les hommes n'ont pas l'intention de s'opposer à la loi. Mais ils n'ont pas non plus l'intention de laisser leurs épouses et leurs filles sortir sans voile dans la rue. Et c'est là que Migjeni fait mouche dans cette nouvelle : l'interdiction du voile certes, mais avec quelle conséquence pour les femmes ? Celle de ne plus pouvoir sortir de l'espace privé, retenues par des hommes considérant comme une offense le fait de laisser se promener dans les rues leurs femmes têtes nues. Et les hommes de s'en sortir dans le récit de Migjeni par une nouvelle astuce : rouvrir les portillons entre les arrières-cours des maisons (invisibles à la rue) pour laisser les femmes aller de maison en maison sans sortir sur la voie publique...
Argumenter l'interdiction du voile par la volonté de libérer la femme semble par cet exemple une possible erreur. Car rien ne dit qu'on laissera sortir les femmes, qu'on oblige maintenant à porter le voile intégral, une fois que celui-ci sera interdit...
Si le port de la burka peut paraître à beaucoup choquant, c'est sans doute au système républicain à y répondre en s'imposant de sa propre autorité, sans loi, mais seulement par la seule force du modèle qu'il peut proposer...

jeudi 15 octobre 2009

Cendres ou reliques ?

Scène de dévotion devant la tombe de Mère Teresa à Calcutta (Inde)


La semaine dernière, le premier ministre albanais, Sali Berisha, a annoncé que son gouvernement avait officiellement demandé à son homologue indien le rapatriement des cendres de Mère Teresa, religieuse béatifiée, née en Macédoine mais d'origine albanaise, dont on doit fêter le centenaire de la naissance en août 2010. Dans le même temps, l'Albanie a également adressé une requête de même nature au gouvernement français pour envisager le retour du corps du roi Zog Ier, enterré en France au cimetière parisien de Thiais. Le retour des restes de ces deux personnages s'inscrit dans l'agencement d'un panthéon national albanais. Le roi Zog, longtemps discrédité par le régime communiste, est désormais vu comme le modernisateur de l'Etat albanais. Quant à Mère Teresa, dont les cendres sont aussi réclamées par la Macédoine, elle est, dans le discours nationaliste, le symbole de la tolérance érigée en caractère national albanais. Elle est également la personnalité d'origine albanaise la plus célèbre du XXe siècle. Symboliquement, elle est déjà très présente sur le territoire albanais : outre l'hôpital Mère Teresa et la place Mère Teresa devant l'université de Tirana, elle a surtout donné son nom à l'aéroport international de Rinas, affichant ainsi le lien fort entre elle et l'Albanie. ou plutôt entre l'Albanie et elle En réclamant le corps de Mère Teresa, Sali Berisha entend définitivement nationaliser la religieuse de Calcutta, avec un intérêt d'autant plus grand que plusieurs pays des Balkans se disputent son origine.
La réaction du gouvernement indien ne s'est pas fait attendre. Mardi 12 octobre, le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères indien a déclaré : "Mère Teresa était une citoyenne indienne et elle repose dans son propre pays, sa propre terre", ajoutant que la question de son retour en Albanie "ne se pose même pas". En effet, Mère Teresa avait en 1951 obtenu la nationalité indienne et  vécut le reste de sa vie à Calcutta où elle  fonda son ordre des Missionnaires de la Charité. Elle est d'ailleurs mondialement connu comme "Mère Teresa de Calcutta" même si les promoteurs identitaires albanais la surnomme souvent "Mère Teresa des Albanais". Sali Berisha estime quant à lui que la question reste ouverte et que les deux pays doivent en discuter. Il a d'ailleurs réitéré son souhait, précisant "qu'elle serait plus tranquille que partout ailleurs si elle pouvait reposer à côté de sa mère et de sa soeur" enterrées à Tirana, tirant ainsi à la fois sur une corde sentimentale et sur l'idée que la famille est la base de la nation albanaise. Il est clair que la réponse de l'Inde ne changera pas mais le discours de Sali Berisha est-il adressé à l'Inde ou aux albanais ? Le premier ministre semble en effet soucieux d'encourager le patriotisme de ses concitoyens. Dès lors la concomitance des deux demandes serait le signe d'une volonté d'offrir un support à une ferveur nationale.
Mais il semble aussi que Sali Berisha n'ait pas vraiment compris les enjeux de ce qu'il demandait. J'ai déjà montré ailleurs que la neutralité laïque de l'Etat albanais, couvert par un discours de tolérance interconfessionnelle, gomme tout aspect sacré des questions religieuses pour n'en garder qu'une essence nationale entrant dans un discours d'unité au dessus des communautés catholique, orthodoxe ou musulmane. Or, pris dans ce carcan idéologique, il en a oublié le caractère religieux de sa requête. Car, en demandant le retour des cendres de Mère Teresa en Albanie, il ne réclame pas le corps d'un héros national mais le corps d'une religieuse béatifiée dont les restes ont le statut de reliques aux yeux de toute la catholicité.  Fait révélateur, il se trouve, qu'en même temps que la réponse du gouvernement indien, on a appris par la porte-parole des Missionnaires de la Charité, que l'ordre fondé par Mère Teresa, et qui conserve sa tombe en l'offrant à la vénération, n'avait même pas été sollicité par le gouvernement albanais. S'inscrivant dans la logique d'un discours nationaliste, Sali Berisha n'a donc pas pris en compte l'identité catholique de celle dont il réclame les cendres.
La question est portant cruciale : la tombe de Mère Teresa contient-elle ses cendres ou ses reliques ? Un non-catholique (athée ou d'une autre confession) répondrait qu'il s'agit bien de ses cendres mais un catholique parlerait ici de ses reliques. Et c'est bien ainsi que les Missionnaires de la Charité les considèrent. Si on se rend sur le site du Centre Mère Teresa de Calcutta, on trouve une page intitulée "Relics" sur laquelle on explique justement ce que sont les reliques et le statut pris par ce corps après la béatification de la religieuse. On explique même la démarche à suivre pour recevoir une relique de Mère Teresa. Peut-être que le gouvernement albanais aurait dû tenter une demande à l'adresse mail indiquée...
Plus largement se pose ici la question des frontières entre conceptions du monde ou "programmes de vérité" pour reprendre l'expression de Paul Veyne. Pour les uns, Mère Teresa est un personnage national ; pour les autres une religieuse béatifiée dont on attend la canonisation. Pour les premiers, sa tombe contient des cendres vouées à une ferveur civique et nationale ; pour les seconds, sa sépulture est un lieu de pèlerinage contenant des reliques de première catégorie, c'est-à-dire des reliques corporelles. Pour Sali Berisha, on parle du rapatriement (au sens premier de retour vers la patrie) ; pour l'Eglise, ce serait une translation de reliques qui risquerait d'atténuer la charge sacrale du sanctuaire de Calcutta. La situation est donc la suivante : au milieu de la discussion une tombe et autour de celle-ci des interlocuteurs qui ne parlent pas de la même chose...

Histoire des migrations en Ile-de-France

La Fédération des Sociétés Historiques et Archéologiques de Paris et de l'Ile-de-France organise les 27 et 28 novembre 2009 son XIIIe colloque d'histoire régionale avec pour thème "Histoire des migrations en Ile-de-France" qui aura lieu à Créteil à l'Hôtel du département.
J'y participerais pour ma part dans le cadre d'une de mes recherches en cours sur l'immigration albanaise en France dans l'entre-deux-guerres. Paris est en effet un des principaux foyers que j'ai pu identifié avec le Nord de la France, Saint-Etienne et Lyon. Ma communication portera sur la question albanaise dans la capitale et les communes limitrophes (notamment Saint-Ouen et Clichy). A partir des fonds des Archives de Paris (recensements, archives administratives et judiciaires), des Archives de la Préfecture de Police de Paris (dont le terme "colonie albanaise" est tiré), des fonds privés des Archives Nationales Albanaises et de mémoires de migrants publiés en albanais ou en français, j'essayerai dans un premier temps d'identifier les différentes catégories de migrants (étudiants, exilés politiques, ouvriers), les quartiers privilégiés pour leur installation (Quartier Latin, quartiers nords de Paris, Saint-Ouen), leurs lieux de sociabilité et leur façon de s'organiser (associations) ou de ne pas s'organiser. Il s'agit également de comprendre cette première vague d'émigration depuis ce jeune pays (l'Albanie n'étant indépendante que depuis 1913) dans laquelle le mouvement communiste albanais prend en partie naissance à travers des personnalités très actives auprès des ouvriers albanais comme Halim Xhelo. Du point de vue de l'histoire parisienne, il paraît intéressant de regarder à la loupe ce que peut être une communauté de migrants, assez restreinte (entre 300 et 500 personnes) et d'interroger la notion de groupe communautaire (s'agit-il d'un groupe uni ou est-ce que les strates qui le constituent ne se rencontrent jamais ? Et selon quelles modalités ?), d'autant plus que ce "groupe" ne survit pratiquement pas à la guerre (retour au pays, impossibilité d'un renouvellement des migrants du fait de la dictature).

Je vous donne ici le programme des deux journées :

Programme

Vendredi 27 novembre 2009
14h : Accueil
Approches méthodologiques des migrations
14h15 : Philippe RYGIEL, "Panorama sur l'historiographie des migrations"
14h45 : Delphine FOLLIET, "www.generiques.org : des ressources en ligne pour l'histoire de l'immigration"
15h15 : Stéphanie RIVOIRE, "La collecte des archives audiovisuelles sur les migrations en Val-de-Marne

Migrations internationales, migrations internes
16h : Christine GARMY, "Immigration, migrations internes et externes à Nemours du XVIIIe siècle à nos jours"
16h30 : Marie CAZEIN, "Mouvements migratoires à Louvres du milieu du XVIIIe siècle à la Seconde Guerre Mondiale"
17h : Alexandre NICOLSKY, "Les Russes à Chelles (1914-2009)"
17h30 : Claude ATALIAN, "L'immigration des Arméniens en Ile-de-France"
18h : François BOULET, "L'exode de mai-juin 1940 en Ile-de-France"

Samedi 28 novembre 2009
Migrations internationales, migrations internes (suite et fin)
9h30 : Natacha LILLO, "L'immigration en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine"
10h : Nancy GREEN, "Une immigration d'élite : les Américains de la rive droite (1880-1940)"
10h30 : Marie-Claude BLANC-CHALEARD, "Les territoires italiens en région parisienne (1880-1960)"
11h15 : Marie-Christine VOLOVITCH-TAVARES, "La présence portugaise en Ile-de-France"
11h45 : Mickaël WILMART, "La 'colonie albanaise' de Paris dans l'Entre-deux-guerres"

Réception, intégration des migrants
14h : Denise-Marie VIGNAL, "Une intégration réussie : les Suisses à Rueil aux XVIIe et XVIIIe siècles"
14h30 : Michel GUILLOT, "Le patronnage des Petits Savoyards et les ermitages de la région parisienne au XVIIIe siècle"
15h : Janine PONTY, "Paris, deuxième capitale de la Pologne"
15h30 : Daniel MARTIN, "Un bidonville portugais sur le plateau de Champigny"
16h15 : Sevan ANANIAN, "L'intégration réciproque des Arméniens à Alfortville"
16h45 : Thierry HALAY, "L'esperanto et lesmigrations en Ile-de-France"
17h15 : Pascale GAUTHIER, "L'odyssée des 'Esparisiens' dans la deuxième moitié du XXe siècle"
17h45 : André COHEN, "L'arrivée des Juifs d'Egypte en France (1948-1956)"
18h15 : Philippe Rygiel, "Conclusions"